LES SLUGS 1980-1992... Marcor raconte
1980 : la vague 77 est passée et les médias ne s'intéressent plus à la musique punk. Pire encore, les concerts de nouveaux groupes sont rares et nous sommes bien content quand les RAMONES viennent jouer en Belgique, même si c'est dans un coin perdu comme ce jour-là à Avelgem, où ils partagent l'affiche avec entre autres THE KIDS.
Soit bénit ce jour, car je fais connaissance avec quatre gars passablement éméchés qui me tendent leurs bouteilles de Martini. Ils viennent de Fleurus, pas loin de chez moi, et ont formé depuis quelques mois un groupe, punk évidemment ! Ils me refilent leur contact et un tract de leur prochain concert. Ils ont choisi un nom bien punk, commençant par S, à l'instar des SEX PISTOLS ou de SHAM 69 : SLUGS. Je rate ce concert mais une source sûre car fraternelle m'en ramène des échos pas trop positifs.
Je revois souvent les fleurusiens aux concerts à Bruxelles et un peu partout d'ailleurs. Au printemps 81, je suis de nouveau invité à un concert des SLUGS et suis bien curieux de les entendre car le chanteur Fred ainsi que le guitariste Ren m'ont juré qu'ils s'étaient améliorés musicalement. Ils sont programmés au début d'un mini-festival dans la salle des fêtes de l'athénée de Tamines (quelque part entre Fleurus et Fosse-la-Ville), lors de la Fancy-fair de l'école. Normalement, ils ne devraient pas être morts saouls pendant leur concert. L'expression lever de rideau n'a jamais été aussi exacte que ce jour-là car le concert débute par une longue intro batterie-basse derrière le... rideau. Pendant 30 ou 40 minutes, je ne sais plus (ndBin : " I say gay gay "), les 4 SLUGS jouent à fonds leurs morceaux, souvent repiqués à droite à gauche et même deux reprises : " Let's dance " des RAMONES évidemment et " Brand New age " de UK SUBS. Nous sommes une poignée à passer un bon moment mais autour de nous beaucoup détestent bien sûr ! Le reste de la soirée se passe au bar où le 45 tours " Fight Back " de DISCHARGE torture les oreilles des pauvres parents d'élèves.
Le style du groupe s'affine mais pendant les trois ou quatre ans qui suivent les SLUGS ne vont pas faire beaucoup de concerts. Les frères de la section rythmique, qu'on surnomme les Ritons, sont plutôt frileux pour aller jouer trop loin. Et aucun des SLUGS n'a de moyen de locomotion. Et puis ci, et puis là... les SLUGS restent dans leur coquille. Poreau viendra bien renforcer le groupe au chant (deux chanteurs comme les groupes du label CRASS RECORDS) mais rien n'y fait. De cette période riche en bacs de bières vidés en répet et autres joyeusetés comme ces concerts au Centre de Rencontre de Namur ou à Chastres, on retiendra quelques enregistrements live (au son affreux) ou cette version de leur morceau fétiche de l'époque, " Victim ", captée lors d'une répétition chez Fred...
Et puis Ren retombe sur Von, encore un gars du coin rencontré ci et là et grand amateur de JOY DIVISION, BAUHAUS et de punk 77. Le groupe est en pleine restructuration : le bassiste est parti et Von essaie de le remplacer. Très vite, le batteur fait aussi faux bond et Ren décide de faire l'acquisition d'une boîte à rythme. Finalement, Fred et Von échangent leurs rôles : désormais, Von chante et Fred basse. Après quelques répet, le premier concert de la seconde mouture des SLUGS est en vue. Le style est plus cold-wave mais toujours bien rentre-dedans et arrosé. Avant le Verdur-Rock 86 de Namur, Francis intègre le groupe avec un rôle plutôt discret : il s'occupe de la boîte à rythmes.
Certaines personnes poussent le groupe à enregistrer plus sérieusement, en studio, ne fusse que pour trouver des concerts. Les SLUGS enregistrent quelques morceaux pour une K7 qui sort en 88, emballée dans du papier alu, c'est " Le quatre heure des Slugs ". La K7 reflète bien l'esprit du groupe, entre punk rock et cold-wave et est plutôt loin de ce que j'écoute à cette époque. Quelques morceaux échappent à ce moule cold wave anglophone : Von a composé un morceau en wallon, le fameux " Coud'pougne ", et un morceau en français, " Le poulet ". On retrouve aussi les premières versions de " Gilbert " et " Indiana Jones ", en anglais.
Fin 88, les gars de l'Arlequin, le magasin de disques d'occasion, organisent un concert de BERURIER NOIR à Bruxelles au Plan K et proposent la première partie aux SLUGS et à NOISE GATE. Fidèles à leur réputation, les SLUGS vident tous les frigos du backstage.
Au début de la dernière décennie de ce siècle, je me rapproche du groupe. Ils parlent d'enregistrer un disque, un 45 tours peut-être. Finalement, un album 8 titres, sans nom, qu'on appelle " Le Blanc ", sort en 91. Cette fois, les textes sont en français et en wallon. La boîte à rythme martèle, l'étiquette agrico-destroy n'est pas usurpée ! Sur scène, Francis, devenu Phanus Slash, se déguise et devient petit à petit second chanteur. Il fait le pitre avec Von, les SLUGS sont devenus marrants et vont, en un an, faire presque autant de concerts que pendant les 11 années précédentes.
Sur la lancée, les quatre lascars retournent en studio pour sortir en 92 un nouvel album du même format, toujours sans titre et qu'on appelle sobrement " Le Noir " .
Ma trajectoire se confond maintenant avec celle du groupe car je suis officiellement toléré dans le rôle parfois ingrat de manager.
Voilà, pour pondre ce texte, je me suis penché sur des souvenirs souvent arrosés, j'en ai presque la gueule de bois.
Ce CD coïncide avec les 20 ans de la première répétition du groupe. Il reprend les deux premiers albums sortis en vinyle en 91 et 92, L'Album Blanc et L'Album Noir, des extraits (presque tout) de la cassette " Le 4 heure des SLUGS " enregistrée en 86 et 88, et le fameux morceau "Victim", oublié depuis, joué en concert entre 81 et 84, et récupéré sur une vieille cassette dans un vieux tiroir.
MarCoR... (septembre 1999)
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